La Cigale et la Fourmi

Chanter ! Il faut croire que c'est chose
Douce à la vie !
Je connais des gens à qui cela a déjà fait Oublier le manger.
Et c'est précisément ce qui advint
A ma commère Cigale, le mois passé.
Ma commère n'avait ni mangé, ni bu
Depuis deux jours.
Vers le dernier soir, une fringale
Mit en feu le corps de ma commère.
Ouaï ! Elle court chez sa soeur Fourmi,
Une voisine à elle.
Frappe : Toc ! toc ! — "Qui est là ?"
"Moi, voisine ! Hélas ! ma commère,
Je meurs de faim.
N'auriez-vous pas quelque aliment, — feuille, fleur —
N'importe quoi, à me donner ?... Je vous en supplie !
Au prochain marché de samedi
Je vous le rendrai."
La fourmi, c'est une bonne amie
Elle ne vous refusera jamais
De boire avec vous, de rire, de faire la noce,
D'aller en promenade,
Mais allonger la main,
C'est un procédé qu'elle n'aime pas.
Sans ouvrir sa porte, elle dit: — "Chère,
Comment avez-vous donc fait votre compte, pour Qu'à cette heure, vous en soyez à avoir faim ?" "Comment j'ai fait?
Je chante depuis deux jours
Pour les amateurs, au haut du Bel-Air.
"Oh ! fi ! ma fille !
Tu n'as pas honte de venir me dire cela ?
Retourne là d'où tu sors:
Va danser la calinda !"
Voisin vaut mieux que parent !
Ainsi disaient les gens d'autrefois;
Mais le temps jadis n'est pas celui d'aujourd'hui.
Le présent — ne m'en parlez pas —
C'est pour ses yeux que toute luciole luit.
On ne méprise pas ce siècle-ci,
Mais dites-moi lequel vous préférez ?

Voir la version en créole Kòmè Lasigal ak sò Foumi

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