Derrière une grosse touffe de bromélias
L'autre jour, je rencontrai Choucoune;
Elle sourit quand elle me vit;
Je dis : "Ciel ! oh ! la belle créature !"
Elle dit : "Vous trouvez, mon cherr
Les petits oiseaux là-haut nous écoutaient
Quand j'y pense, j'ai du chagrin,
Car, depuis lors, mes pieds sont en chaînes !

Choucoune est de type marabou
Ses yeux brillent comme chandelles.
Les seins bien campés...
Ah ! si Choucoune avait pu être fidèle !
Nous restâmes causer longtemps,
les oiseaux dans les arbres semblaient contents ! ...
Oublions cela, trop grand est mon chagrin !
Car, depuis lors, mes pieds sont en chaînes !

Les petites dents de Choucoune sont blanches comme du lait.
Sa bouche est couleur caïmite;
Elle n'est pas grosse, plutôt potelée,
Les femmes de ce type me plaisent immédiatement
Les goûts d'hier ont bien changé !...
Les oiseaux avaient tout entendu !
S'ils y pensent, ils doivent être chagrinés, Car, depuis ce jour-là, mes deux pieds sont chaînes !

Nous allâmes à la case de sa maman,
Une vieille bien honnête !
Aussitôt qu'elle me vit, elle die
"Ah ! je suis contente de celui-là, définitivement."
Nous bûmes du chocolat aux noix...
Tout cela serait donc fini, petits oiseaux les arbres ?
Oublions cela ! Trop grand est mon chagrin ! Car, depuis ce jour-là, mes deux pieds sont en chaînes !

Les meubles étaient prêts: beau lit-bateau,
Chaises de rotin, table ronde, dodine,
Deux matelas, un porte-manteau,
Nappes, serviettes, rideaux de mousseline...
Il ne restait plus que quinze jours...
Petits oiseaux dans les arbres, écoutez-moi, écoutez !
Vous tous allez comprendre mon chagrin,
Comment, depuis ce jour-là, mes deux pieds sont en chaînes !

Un petit blanc arrive :
Petite barbe rouge, belle figure rose,
Montre au côté, beaux cheveux...
Mon malheur, c'est lui la cause !
Il trouve Choucoune jolie,
Il parle français... Choucoune l'aime...
Oublions cela, trop grand est mon chagrin... Choucoune m'a quitté, mes pieds sont en chaînes !

Le plus triste de tout,
Ce qui va surprendre tout le monde,
C'est de voir qu'après tout ce temps,
j'aime toujours Choucoune !
Elle va faire un petit quarteron !
Petits oiseaux, regardez !
Son petit ventre bien rond !
La paix ! Taisez-vous !
Trop grand est mon chagrin !
Les pieds de petit Pierre, ses deux pieds, sont en chaînes ! (1884)
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